Note de lecture : « Scientaisies » de Didier Nordon (Belin, 2014)

J’ai toujours été mortellement jaloux de Didier Nordon. Et pour mon malheur son dernier livre ne va pas arranger les choses. L’auteur des Scientaisies du magazine Pour la Science a une faculté unique d’extraire un suc à la fois drôle et intelligent de la plus petite observation, du jeu du mot le plus banal, de l’événement le plus anodin. Chacun comprendra donc que, au moment de commencer à lire, je me sois fixé comme obligation morale de trouver à tout prix de quoi le démolir.

Bon, disons-le : je n’ai pas trouvé. Il n’y a pour ainsi dire que du bien à dire de ce livre. Chaque chronique, d’environ une page, fait l’effet d’une gorgée de bon vin. Une seule à chaque fois, pourrait-on reprocher. L’auteur sème, sème, sème… comme s’il avait la flemme de récolter, en fait. Parmi les graines que j’aimerais bien lui piquer pour en faire un arbre, il y a cette belle réflexion sur le caractère contestable de l’expression « commettre une (ou plusieurs) erreur(s) », car une meilleure tournure serait de dire « commettre de l’erreur » (p. 89-90). À mon sens, toute étude sur l’erreur devrait intégrer cette réflexion simple et profonde. (Et ça tombe bien, une telle étude me trotte dans la tête depuis quelque temps.)

Le reste du livre étant de la même eau, vous imaginez mon énervement et ma jalousie redoublée. Ne trouverai-je donc rien à dézinguer, au moins pour le plaisir ? Ben… oui, allez, quand même. Il y a ces deux ou trois critiques sur le libéralisme économique ici ou là qui… quoi ? Benoît Rittaud serait un infâme néolibéral mangueur d’enfants ? On savait déjà qu’il était climatosceptique, tiens tiens, tous tout s’explique… Non, non, la question n’est pas là. Il y a des raisons de critiquer le libéralisme économique, et ce n’est pas le fond d’une telle critique qui m’intéresse. C’est juste que, surtout dans le monde académique qui constitue le lectorat principal de Didier Nordon, critiquer le libéralisme est quelque chose de banal. Or pour moi, ce qui fait l’intérêt des Scientaisies n’est pas qu’elles disent du vrai, mais de l’original.

Bon, ça concerne deux pages, à tout casser. Maigre bilan pour un jaloux.

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