Note de lecture : « Vous avez dit maths ? », de R. Jamet (Dunod, 2014)

Après l’ouvrage de Stella Baruk, voici la deuxième de ma série de trois notes de lectures avec le livre de Robin Jamet, Vous avez dit maths ?. Les deux livres traitent parfois des mêmes sujets (nombres triangulaires, crible d’Ératosthène, nombres premiers jumeaux…), et pourtant ils n’ont rien en commun. Ayant lu les deux à la suite, il m’est revenu cette remarque de Jacques Roubaud selon laquelle les mathématiques ont cette propriété remarquable d’être indéfiniment paraphrasables, c’est-à-dire que vous pouvez écrire le même théorème de mille façons différentes. Roubaud pensait d’abord aux différentes formulations possibles d’un même énoncé, avait aussi en tête la touche unique que peut apporter la personnalité de l’auteur ?

Alors que Stella Baruk se met en scène comme une enseignante à l’écoute de la façon dont un enfant s’approprie les mathématiques (celui-ci raisonne par association d’idées et produit parfois des traits d’esprit involontaires qui vont à l’occasion bien plus loin que l’anecdote), Robin Jamet, lui, est un montreur de mathématiques à mi-chemin entre le jongleur et le prestidigitateur. Si vous êtes allé un jour au Palais de la Découverte de Paris et que vos pas vous ont conduit jusqu’au secteur des mathématiques, vous l’avez peut-être croisé, avec son énergie et son enthousiasme. Son livre est tellement à son image que durant ma lecture j’ai vraiment eu l’impression de le voir devant moi, exhibant ses bretzels pour en compter les trous avant de se saisir de ses dés mathématiquement truqués puis bondir, après une transition dont il a le secret, sur des marches d’escaliers et compter le nombre de façons de les monter.

L’auteur traite de sujets parfois compliqués par saucissonnage en parties indépendantes, un « style fractal » dont on imagine qu’il est directement issu de son expérience de médiateur scientifique, où un sujet doit plaire au public de façon immédiate, ne pas être trop long, ne pas faire appel à des connaissances élaborées tout en disposant quand même d’un certain contenu mathématique, fût-il modeste (et avec presque pas de démonstration). Le livre est plein de dessins bien faits (bravo à l’illustrateur, Rachid Maraï), il se lit avec du papier et des ciseaux et a visiblement été écrit pour transmettre du plaisir autant que des connaissances. On passera donc un bon moment à apprendre comment un tronçon de route supplémentaire peut ralentir la circulation, et à découvrir les permutations des sextines et des quenines.

Comment ça, j’en fais trop ? Ah, oui : il faut la petite critique négative, histoire de ne pas avoir l’air d’être trop complaisant. Alors, voyons voyons… ok, j’ai trouvé : l’énoncé du problème des lapins de Fibonacci. Sa formulation manque de fidélité, et c’est un peu dommage parce que le problème dans sa version originale est en fait très réaliste — un point d’autant plus important qu’il s’agit de la toute première modélisation démographique de l’histoire. Voilà, j’ai critiqué : l’objectivité est sauve.

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