Le ciel est-il tombé sur la tête des modèles ?

Dans ce nouvel épisode au sujet du rapport sur le climat en France au XXIe siècle pondu par six climatologues sous la direction de Jean Jouzel (et dont le point principal qui a été retenu par les médias est « jusqu’à +5,3°C en France en 2100 »), il est question des précipitations. Comme dans les épisodes précédents (températures en France métropolitaine et en outre-mer), il s’agit de repérer les incohérences les plus manifestes. Qui, faut-il le dire, ne manquent pas.

Pour commencer, voici le tableau-qui-voudrait-faire-peur de la page 23 :

PrecipFrMetPour les températures, le lien causal avec le CO2 nous a toujours été présenté dans le même sens par le GIEC. Sans qu’il y ait nécessairement dépendance linéaire entre les deux grandeurs, il y a en principe toujours dépendance monotone : plus de CO2 implique températures plus élevées. Une dépendance monotone étant moins directement exigible des modèles du GIEC pour la relation entre CO2 et précipitations, il faut donc accorder un relatif bénéfice du doute aux cas où cette dépendance ne serait que légèrement prise en défaut.

Sauf que là, c’est du grand art.

Passons rapidement sur le cas des hivers 2071-2100 pour le C25 du RCP4.5, qui propose un -0,8 dont on peut imaginer qu’il n’est qu’une coquille. Je suppose (enfin… j’espère) qu’il faut lire en réalité -0,18. Regardons mieux en revanche le cas des hivers 2021-2050, pour lequel deux choses étonnent :

  • le scénario médian en CO2 donne moins de précipitations que les deux extrêmes (pour tous les modèles)
  • les deux scénarios extrêmes donnent des niveaux de précipitations à peu près identiques.

J’entends d’ici la remarque : ce tableau ne présente que des moyennes, qui cache des disparités régionales présentées ailleurs dans le rapport. D’accord, mais alors de deux choses l’une : ou bien ces moyennes signifient quelque chose et il est donc légitime de questionner le tableau, ou bien elles ne signifient rien et, dans ce cas, le tableau ne devrait pas avoir sa place dans le rapport.

Quoi qu’il en soit, rien dans ce tableau ne permet d’exclure l’éventualité que les précipitations restent à un niveau stationnaire au XXIe siècle, même dans le scénario avec le plus d’émissions. En effet, dans tous les cas sauf un, la valeur 0 figure quelque part entre les 25e et 75e centiles. Le cas unique où cela ne se produit pas est celui des étés 2071-2100 dans le scénario à fortes émissions (RCP8.5)… sauf que dans ce cas le fameux modèle WTF WRF propose une évolution carrément inverse à ce qui est suggéré par C25 et C75 (qui sont eux obtenus avec des modèles européens).

Une même évolution étrangement inverse s’observe aussi pour les étés 2021-2050 dans les scénarios RCP4.5 et RCP8.5, aussi bien pour WRF que pour Aladin-Climat…

Si l’on montrait ce tableau à n’importe qui capable d’un peu d’esprit critique sans lui dire exactement les données et les scénarios dont il est question, je pense que la conclusion qu’il en tirerait serait invariablement celle-ci : les modèles ne sont pas suffisamment au point pour délivrer un message cohérent, et le peu qu’ils suggèrent est que l’évolution de la grandeur étudiée ne devrait pas être très marquante sur la période considérée. Cette impression est fortement renforcée par la figure de la page 22, qui montre que, en 2100, les intervalles de confiance attachés aux scénarios futurs sont encore loin d’exclure l’anomalie 0.

PrecipFrMetCOurbePour l’outre-mer, les dessins-qui-voudraient-faire-peur présentent une mystérieuse bizarrerie, dont je n’ai trouvé nulle part l’explication dans le rapport (qui par ailleurs se donne la peine de nous expliquer pp 14-15 ce que c’est qu’un quartile — je le signale pour qu’on ne me rétorque pas que ce rapport serait réservé à des sachants qui connaîtraient déjà les conventions en usage). En effet, les courbes ne sont pas ajustées pour coller à la valeur de la courbe de l’historique jusqu’en 2005. Si quelqu’un a une explication…

Antilles

PrecipAntilles

Réunion

PrecipReunion

Polynésie : Tahiti

 PrecipTahiti

Nouvelle Calédonie

 PrecipNouvCal

 En-dehors de ce point peut-être mineur, ce qui me frappe le plus est qu’en 2100, à part pour Tahiti, la courbe verte du scénario médian ne se trouve pas au milieu des deux autres. J’y pense : ce serait-y pas là un indice comme quoi le taux de CO2 n’est pas le facteur principal régissant les précipitations ? Hmmmm ?

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