L’Église durable

Un article de Riccardo Cascioli paru le 25 septembre dernier dans le quotidien catholique italien La Nuova Bussola, traduit en français sur le site benoit-et-moi (rien à voir avec mon propre prénom : il s’agit de celui de l’ancien pape Benoît XVI) qui m’en a aimablement autorisé la republication ici. Quelques réflexions que m’inspirent cet article sont dans les commentaires.

L’EGLISE DURABLE
www.lanuovabq.it/it/articoli-la-chiesasostenibile
Riccardo Cascioli
Traduction d’Anna.
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Il pleut. Un mauvais orage. Riches et nantis, s’il doivent vraiment aller se promener, se munissent de parapluie, d’imperméable, et même de vêtements chauds afin de bien se couvrir.
Et si la situation empire ils peuvent bien se réfugier à la maison. Tandis que certains pauvres, habillés déjà n’importe comment, n’ont pas de parapluie, peut-être trouveront-ils un abri temporaire sous un pont mais y seront toujours exposés au froid et à l’humidité et donc aux maladies et au pire par la suite.
Que faire ? Le riche qui voudrait faire quelque chose afin d’aider le pauvre pourrait envisager une solution à coût zéro (partager le parapluie), ou bien une plutôt économique (offrir un parapluie), ou bien d’autres de plus en plus exigeantes (donner un parapluie ou des vêtements adéquats, offrir le refuge d’une habitation, ou même un travail pour sortir la personne de la pauvreté). En tout cas quelque chose qui réduise la pauvreté ou en atténue au moins les conséquences les plus lourdes pour les pauvres. Des solutions à portée de main et de porte-monnaie
Mais aujourd’hui les gens au pouvoir ont inventé une autre solution: ils laissent les pauvres sous la pluie (trop facile de penser pouvoir tout résoudre avec un parapluie, il faut aller à la racine du problème) et décident qu’il faut arrêter la pluie. En réalité, personne ne sait comment faire et, afin d’étudier le problème, on dépense alors des sommes énormes, on commence par dire que c’est à cause des millions de parapluies achetés par les riches et on court après des solutions qui pourraient être déterminantes (qui le sont en effet, sans aucun doute, il faut bien proposer un objectif concret) qui ont toutefois le défaut d’être très coûteuses.
Mais ça ne fait rien, car au bout du compte, dans 50 ou 100 ans, le problème sera résolu une fois pour toutes. Mais qui paye? Les riches, évidemment, et gare à qui soulève des objections en affirmant que, face à un résultat incertain et que personne n’ira pas vérifier dans 100 ans, il serait mieux d’investir l’argent en aidant les pauvres aujourd’hui de façon concrète, en les mettant en condition de ne pas craindre la pluie. Tu n’es qu’un sale égoïste, un exploiteur, qui ne penses qu’à ton propre intérêt.

Voilà quelle est la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui: le bon sens qui a guidé l’humanité pendant des millénaires et l’a sortie en bonne partie de la misère et de la précarité, a laissé la place à l’irrationalité et à l’idéologie, au point d’organiser des marches mondiales contre les changements climatiques, ce qui serait comme organiser une grève contre la succession des saisons. La reconnaissance de la petitesse de l’homme face à la nature a laissé la place au délire de toute-puissance qui fait croire à l’homme qu’il est capable de contrôler la nature, se substituant à Dieu.

C’est malheureusement ce qui guide la politique internationale des dernières décennies, au point qu’il y a quelques années, il était à la mode parmi les chefs d’état occidentaux d’affirmer que le réchauffement de la planète représentait une menace plus grave que le terrorisme international. En effet, comme on le voit….

Mais aujourd’hui, il y a une nouveauté. L’Eglise, poussée par de forts groupes de pression en son sein, est, elle aussi, en train de céder à cette culture dominante.
La preuve en a été donnée par les deux interventions des ces jours-ci du secrétaire d’Etat, le cardinal Pietro Parolin, au sommet des Nations Unies sur le climat, et du cardinal Oscar Andres Maradiaga au sommet des religions sur le climat, toujours à New York.
Qu’il y ait un changement d’air au Vatican, même l’hebdomadaire scientifique Science s’en est aperçu, qui dans son éditorial du 19 septembre et prenant exemple d’un important congrès international organisé en mai dernier par l’Académie pontificale des sciences sociales, affirme que l’Eglise a finalement pris le parti du développement durable.

Il faut faire ici une brève mise au point. Depuis des années, des épiscopats entiers (surtout allemand et français) et quelques organisations non-gouvernementales catholiques demandent avec insistance que le « développement durable » soit intégré dans la Doctrine sociale de l’Eglise, une pression à laquelle le Saint Siège et les papes ont jusqu’à présent toujours résisté, et avec raison. Le « développement durable » est en effet un concept relativement nouveau – codifié dans le Rapport de la Commission Brundland, Our Common Future (Notre futur commun, 1987) et qui est le produit d’une idéologie anti-humaine. Présupposé du développement durable est en effet l’idée que le monde est surpeuplé et que, de toute façon, on consomme bien au delà des ressources disponibles dans la nature. D’où la prévision aussi de prochaines catastrophes au cas où l’on ne prendrait pas des mesures immédiates.

Cette racine anti-humaine, qui va bien au delà de la sauvegarde de l’environnement, n’a jamais échappé au sommet de l’Eglise, tout comme l’opposition entre une certaine conception de la nature, et la Création, dans son sens biblique.
C’est ainsi qu’en dépit de fortes pressions et de la dure bataille qui en a retardé la publication pendant des mois, le concept de développement durable n’a pas trouvé de place dans l’encyclique sociale de Benoît XVI « Caritas in Veritate »: on y trouve en revanche expliqué le concept de « développement humain intégral » qui considère l’homme au centre de la Création sans le réduire à une des variables vivantes de la planète.
Le congrès de l’Académie Pontificale des Sciences Sociales évoqué plus haut fait toutefois apparaître Caritas in Veritate comme un vestige du passé et les interventions des cardinaux Parolin et Maradiaga se situent sur la même ligne.
Ce ne sont pas les énonciations de principe au sujet de la valeur de la Création ou la nécessité de sauvegarder toute la Création qui sont en discussion; le discours concernant la responsabilité de l’homme de veiller au monde qui l’entoure non plus.

Le problème surgit lorsqu’on passe à repérer les menaces pour la Création et aux moyens d’y remédier.
Et c’est ici, par exemple, que dans les discours de Parolin et Maradiaga il y a totale soumission à la « religion » du réchauffement global anthropogénique (c’est-à-dire provoqué par l’homme). Un schéma dans lequel les pays riches sont accusés d’être la cause d’événements catastrophiques sans précédents dans l’atmosphère, à cause des émissions de gaz carbonique dûes aux combustibles fossiles. Les victimes principales en seraient bien évidemment les pauvres, vulnérables à ces changements climatiques. D’où le tiraillement afin de faire payer aux Pays riches le « remboursement » des dégats qu’ils ont provoqués.

Et voici alors le cardinal Parolin répétant le mantra habituel au sujet du « consensus scientifique » autour du réchauffement « indiscutable qui s’est produit à partir de la deuxième moitié du siècle dernier ». Et tout cela serait provoqué « par les émissions de gaz carbonique dûes à l’activité humaine ».
D’où la contribution que le Saint Siège entend donner « au grand engagement politique et économique auquel la communauté internationale doit faire face ». Pratiquement le secrétaire d’Etat affirme que le Saint Siège n’achètera plus des parapluies, comme il l’a toujours fait, mais travaillera bien avec les autres afin que cesse la pluie.

Le problème est que dans les quelques propos cités de Parolin il y a déjà une longue liste d’erreurs.
Avant tout, lorsqu’on parle de science et de vérité scientifique, le consensus n’a aucune signification. Avec les lois scientifiques on ne fait pas la majorité comme au Parlement. C’est la correspondance avec la réalité qui décide si une théorie est vraie ou non. Et, de ce point de vue, les thèses successives à propos du réchauffement global on déjà été démenties.
Pour commencer, la période du réchauffement débute à la fin du XIXème siècle, mais ne va pas de façon linéaire et ne coïncide même pas avec les émissions de gaz carbonique. Le boom des émissions dûes aux activités humaines se situe en effet après la deuxième Guerre Mondiale, avec l’explosion des activités industrielles. Eh bien, entre 1945 à 1975 la température globale descend tellement qu’au début des années ’70 l’alarme est lancée d’un « refroidissement global ». Ensuite la température tend à remonter mais s’arrête en 1998 et depuis il n’y a plus eu d’augmentation, tandis que les émissions de gaz carbonique continuent d’augmenter. En tout cas, il n’y a aucun réchauffement sans précédent dans l’histoire, tout va selon des cycles naturels. Ces simples observations suffiraient à introduire quelques doutes en d’aussi granitiques certitudes. Sans considérer qu’on parle du gaz carbonique comme d’un polluant, alors qu’il est la « brique de la vie », un élément sans lequel la vie sur terre n’existerait pas.

A vrai dire, le plus surprenant a été le cardinal Maradiaga, lequel a affirmé que « les changements climatiques représentent l’obstacle principal à l’éradication de la pauvreté » et a ainsi repéré dans la croissance économique des pays riches la cause de la malnutrition des pays pauvres. Il s’agit là de thèses audacieuses, pour employer un euphémisme, d’autant plus que Maradiaga est originaire de l’Honduras, un pays pauvre, victime traditionnelle d’événements climatiques extrêmes. Le compte des ouragans qui périodiquement détruisent l’Honduras se perd dans les siècles, et on peut bien dire que de ce point de vue là rien n’a changé. Le climat en général – et pas les changements climatiques provoqués par l’homme dans les dernières décennies – est un problème objectif pour ceux qui vivent là-bas, c’est ainsi que seule une politique de développement apte à rendre la population moins vulnérable peut changer le cours de l’histoire. Le fait de croire que la situation des Honduriens puisse au contraire s’améliorer en investissant massivement dans l’industrie américaine et européenne afin de changer leur technologie, et le paiement (comme compensation ) de fortunes aux gouvernements locaux, qui les font souvent « disparaître » à leur propre avantage, est une pure ingénuité (là aussi c’est un euphémisme).

En ce qui concerne la croissance économique de l’Occident comparée au sous-développement d’autres régions, on peut certainement affirmer qu’il s’agit là d’inégalités générées par l’injustice, mais on doit tour d’abord prendre en considération le fait que les facteur principaux du sous-développement sont […] les croyances, la corruption des gouvernants, la stratification sociale (tribus, clans, castes) et ainsi de suite.

Trop facile de s’en prendre aux changements climatiques.
En tout cas l’Eglise nous apprenait auparavant qu’en face d’événements atmosphériques extrêmes (sécheresse prolongée, tempêtes et ainsi de suite) il fallait s’adresser à Dieu, Seigneur de la nature : à Jésus, capable de dominer et se faire obéir par les forces de la nature. En somme, on priait, on n’installait pas des panneaux solaires.

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3 réflexions au sujet de « L’Église durable »

  1. Qu’il soit clair d’emblée que je publierai volontiers un texte sur le sujet émanant de n’importe quelle religion, et que l’objectif n’est pas ici de faire l’apologie de l’Église catholique ni de la dénigrer.
    En tant qu’organisations anciennes disposant d’une autorité morale qui dépasse parfois de beaucoup le seul cercle de leurs fidèles, les religions disposent d’une importance considérable dans le débat sur le climat. Si ce que dit cet article est exact quant à l’évolution de la position du Vatican, alors ce serait en effet un coup assez rude porté à une certaine image du monde (même si je suis beaucoup moins sévère que l’article sur le rapport Brundtland). Ce serait aussi un mauvais coup porté à la science – et n’est-ce pas là un paradoxe de voir rappelées dans un contexte catholique ces évidences épistémologiques bien oubliées de nos jours sur le consensus en science, alors que l’Église paie encore si fort en terme d’image les retombées de l’affaire Galilée ? Il y a un passage à ce sujet dans l’Hypérion de Dan Simmons. Dans ce roman de science fiction, l’Église est dépeinte comme particulièrement soucieuse du respect de la méthode scientifique, en une sorte de perpétuelle repentance post-galiléenne.
    Sans demander à l’Église de se substituer à l’Université pour la question climatique, souhaitons que, comme d’autres, elle contribue à ce que la société garde la tête froide.

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    • une note aussi est que l’église, et les religions du Livre voient d’un mauvais oeil le Malthusianisme qui est au coeur de notre mythe.
      On doit se souvenir que le point commun des totalitarisme est de mettre devant l’individu, l’Homme, un objet, une entité , ub être supérieur… nation, planete, dieu…
      Le concept divin de jésus est un pue une révolution parce qu’ll remet la personne, l’individu aux commandes… dieu n’intervient plus sur les hommes, chacun est jugé individuellement, la foi est intime…

      sinon l’intro de l’article montre bien la stupidité de l’approche actuelle…

      ca me rappelle la parabole du poisson (je sais pas si c’est crétien)… quand un gars a faim, on lui donne pas du poisson, ni une cane a pêche, mais une banque centrale et l’accès a des livres de pêche… le reste it sais se déboruillet…

      pour les parapluies, il suffit qu’on arrête de lui interdire de les fabriquer pour que ca aille mieux.

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